Les odeurs à notre secours

20 Juillet 2019

      Les odeurs à notre secours
Est-il possible de guérir avec l’olfactothérapie, un soin psycho-émotionnel, énergétique et spirituel  ?

De plus en plus de chercheurs et d’hôpitaux se penchent sur la question, introduisant dans leurs services des huiles essentielles et des arômes qui réveilleraient nos capacités de régénération

Ghislaine est en maison de retraite, presque apathique. Lors d’un atelier olfactif, l’huile essentielle de rose va raviver les souvenirs positifs de cette période heureuse où elle s’occupait de son jardin. Pour Noémie, en conflit avec un chef de service autoritaire, c’est une olfaction prolongée d’huile essentielle de gingembre frais qui lui donne le courage de s’affirmer. L’olfactothérapie, une approche « holistique » en plein essor, repose sur la synergie du pouvoir de notre odorat et du génie thérapeutique des plantes, une alliance particulièrement efficiente. Ainsi, nous serions tous dotés d’un allié, méconnu et pourtant inestimable : le sens de l’odorat. Le solliciter peut nous ouvrir des pans mémoriels enfouis en cas de traumas et se révéler une voie de guérison. Zoom sur l’olfactothérapie, une thérapie à la fois psychoémotionnelle, énergétique et spirituelle.

La construction du moi olfactif
« À sa trentième semaine, dans le ventre maternel, le bébé vit des sensations olfactives véhiculées par le liquide amniotique ; il est déjà capable de détecter des changements in utero », expose Catherine Béhar, sophro-analyste et aromatologue. À la naissance, dès sa sixième heure, on peut observer que le nouveau-né dilate et rétracte ses narines, comme pour saisir les arômes dont l’air est porteur. « Il est capable de reconnaître l’odeur de sa mère ; si on met deux femmes côte à côte, c’est immanquablement vers elle qu’il se tourne », ajoute notre expert. Dans certains services de néonatalité, on diffuse de la vanille, qui se rapproche de l’odeur maternelle, pour calmer l’enfant… Ainsi, l’odorat jouerait un rôle majeur dans l’attachement mère-enfant. Attachement qui, lorsqu’il est correctement vécu et développé, va permettre un bon développement émotionnel, et des interactions bien adaptées avec l’entourage.

Plus tard, quand vient le temps de l’adolescence puis de l’âge adulte et ensuite de la vieillesse, les odeurs restent de puissants guides inconscients. Conditionné par l’environnement psychologique, affectif, et aussi le contexte culturel et social de chacun, ce que l’on appelle le « moi olfactif » est déterminant tant dans l’élaboration de la personnalité que dans notre rapport aux autres et au monde !

L’olfaction : passerelle mémorielle
Dans le ventre maternel, le bébé vit des sensations olfactives véhiculées par le liquide amniotique. Pour mieux saisir le principe thérapeutique de l’olfaction, tournons-nous du côté de la science. De nombreuses recherches ont montré que les odeurs agissent de manière plurielle sur notre psychisme, à commencer par le biais de la mémoire : elles permettraient la réminiscence de souvenirs enfouis, comme l’illustre la fameuse madeleine de Proust. Ce processus incroyablement complexe a pu être mis en évidence par le Monell Center (Advancing Discovery in Taste and Smell) de Philadelphie. À savoir : les molécules chimiques, qui constituent l’odeur, sont captées par plus d’un millier de récepteurs différents tapissant la cavité nasale, qui transmettent l’information au bulbe olfactif. Les chercheurs du centre ont mis en évidence des liens neuronaux entre les bulbes olfactifs et le système limbique, le siège des émotions et de la mémoire. « D’où la capacité extraordinaire de l’odeur à faire émerger des souvenirs enfouis, avec précision, ainsi que leur contexte émotionnel », traduit Catherine Béhar. De plus, les vécus se révèlent différents pour chacun, et peuvent se teinter d’émotions positives ou inversement négatives, pour une même source.

Des découvertes qui ont ouvert de nouvelles voies d’exploration dans le domaine de la santé publique, grâce en majeure partie à Patty Canac, experte en parfum et odeurs. À l’hôpital Raymond Poincarré, à Garches, un atelier olfactif mis en place en 2001, dans le service de rééducation neurologique du Pr Philippe Azouvi, aide à stimuler les patients ayant des troubles de l’attention et de la mémoire suite à un traumatisme crânien ou un accident vasculaire. À l’hôpital Ambroise-Paré de Boulogne, cette approche est utilisée pour une meilleure prise en charge psychologique et morale en gériatrie. Les ateliers complètent l’accompagnement ou la rééducation, sans jamais s’y substituer.

Partagez sur les réseaux sociaux

Catégorie

Autres publications pouvant vous intéresser :